Vendredi 21 décembre 2007 :
Recherche thérapeutique sur la drépanocytose
Equipe de Rudolph Jaenisch
Cambridge, Massachussets (USA)


De nouvelles cellules souches utiles en thérapie

Les nouvelles cellules souches obtenues à partir de cellules adultes reprogrammées -qui ont récemment fait les gros titres- peuvent être utilisées de façon thérapeutique pour soigner des maladies, affirment aujourd’hui des chercheurs dans la revue Science. Ils ont obtenu les premiers résultats de ce type sur des souris atteintes de la drépanocytose.

Commentaire de Drépavie : Cette découverte permettra de se passer de donneur dans le cadre d'une greffe de moëlle osseuse, puisqu'on utilisera les cellules du patient lui-même, et donc d'éviter le rejet de greffe. Mais il ne faut pas oublier deux choses :
1) La lourdeur du traitement de la greffe reste importante (longue période de soins dans des structures de pointe) et le coût reste très élevé, ce qui rend ces soins non accessibles à tous
2) La technique n'est pas encore au point, elle comporte (pour le moment) deux inconvénients majeurs (risque de développement de cancer et utilisation de rétrovirus) : il faudra attendre que la technique soit améliorée pour être utilisable à l'Homme

Les étapes des travaux de l’équipe de Jaenisch (de gauche à droite): prélèvement de cellules de la peau de souris malades, reprogrammation avec 4 gènes, correction de la mutation génétique, différenciation en cellules sanguines, transplantation des cellules.

 

Image ©Science

L’obtention récente de cellules souches pluripotentes (capables de donner n’importe quel tissu de l’organisme) à partir de cellules adultes humaines de la peau est l’une des avancées les plus importantes enregistrée depuis longtemps dans ce domaine de recherches. L’annonce de l’équipe de Shinya Yamanaka il y a deux semaines a même éclipsé celle d’une autre équipe qui a obtenu les premières lignées de cellules souches embryonnaires par clonage chez un primate.

Aujourd’hui, des chercheurs américains apportent un nouvel élément important : ces cellules reprogrammées, dites cellules pluripotentes induites (CPI), peuvent être utilisées en thérapie. Une donnée qui était loin d’être évidente, contrairement à ce que l’enthousiasme de certains articles avait pu laisser entendre.

Rudolf Jaenisch (Whitehead Institute for Biomedical Research, USA) et ses collègues ont d’abord fabriqué des cellules pluripotentes induites à partir de cellules adultes prélevées sur la queue de souris. Ces rongeurs étaient atteints de drépanocytose, une maladie génétique qui provoque une anomalie de l’hémoglobine présente dans les globules rouges. Les chercheurs ont cultivé les CPI de façon à ce qu’elles se différencient en cellules souches de la moelle osseuse et ont remplacé le gène défectueux par un gène normal. Ces cellules ont été ensuite injectées dans le sang des souris malades, dont les symptômes se sont améliorés.

Cette étude est une démonstration indispensable pour la suite des recherches sur les CPI mais n’est que la première pierre d’un édifice complexe. Comme le soulignent Jaenisch et ses collègues, de nombreux obstacles demeurent. Sur les quatre gènes utilisés pour reprogrammer les cellules adultes, le c-Myc est cancérigène. Sa présence interdit donc de réinjecter ces cellules chez un receveur. Sur ce terrain, les chercheurs progressent. Yamanaka a déjà réussi à créer des CPI sans le C-Myc, en ne conservant que les trois autres gènes (Nature Biotechnology, 30/11/07).

Reste un gros souci : l’usage de rétrovirus pour insérer les gènes nécessaires à la reprogrammation des cellules adultes. Ces rétrovirus ont le défaut d’être assez incontrôlables une fois qu’ils sont insérer dans un génome, explique Jaenisch, et il faudra trouver un autre système d’insertion.

En attendant, la méthode appliquée en premier par Yamanaka (Université de Kyoto, Japon) permet à des cellules adultes de remonter le temps, en quelque sorte, pour retrouver les caractéristiques des cellules souches embryonnaires. Les scientifiques peuvent donc créer des cellules souches sur mesure, porteuses de l’ADN d’un patient, sans passer par la difficile et contestée étape du clonage. Cela offre à court terme un précieux matériel de recherches, comme l’a souligné le chercheur Ian Wilmut qui, du même coup, préfère laisser de côté le clonage thérapeutique.

D'après Cécile Dumas
Sciences et Avenir.com
(07/12/07)

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